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Cléopâtre

 
 
Cléopâtre
Photogramme du film Cléopâtre © Pathé production, restauration CNC

Et comme les films des débuts du vingtième siècle réservent toujours des surprises, nous évoquons un film qui, au premier abord, ne devait poser aucun problème : Cléopâtre d’Henri Andréani et Ferdinand Zecca datant de 1910 dont le négatif original, a priori complet, avait été restauré en 1994 par la Cinémathèque française.
Ce cas montre à quel point la presse corporative constitue une aide certaine puisque c’est en partie grâce à elle qu’il a été possible de reconstituer l’histoire épique de cette œuvre.
En 2002, dans le cadre des échanges entre membres de la FIAF, la Cinémathèque mexicaine, la Filmoteca de la Unam, a confié au CNC 68 copies de bandes françaises distribuées sur le sol mexicain dans les années 1910 dont la plupart étaient des films Pathé, dont cette fameuse Cléopâtre, exploités avec des cartons en espagnol et des teintages.

 
 

Cette copie « mexicaine » étant très fragile, elle n'avait pas pu être étudiée avec précision avant son envoi au laboratoire qui en a assuré la restauration. En 2010, le film est montré au festival de Bologne, et là tollé dans la salle car certains historiens présents reconnaissent, inséré dans le film, un plan appartenant à Sémiramis de Camille de Morlhon, sorti en 1911, parce que l’actrice qui jouait l’héroïne n’était plus la même (elle n'était plus incarnée par Madeleine Roch, mais par Yvonne Mirval). De plus, trois plans de bataille évoquaient davantage une scène du Moyen Âge plutôt qu’une scène antique…

 

Cléopâtre
Photogramme du film Cléopâtre © Pathé production, restauration CNC
 
 
Parcours découverte Cléopâtre
Les différentes amorces constituant le film Cléopâtre

En outre, le film d’Andréani et Zecca mesure 355 mètres alors que la copie mexicaine en faisait 550… L’analyse de cette bande a été reprise et là,  force a été de constater la présence de huit plans « intrus ». Cinq des films sources ont été identifiés en retrouvant dans les éléments négatifs déposés du film des amorces des plans intégrés dans Cléopâtre qui comportaient la mention « Cleopatra ». Il s’agit de Sémiramis de Camille de Morlhon (novembre 1910) précédemment cité, de Messaline des mêmes Ferdinand Zecca et Henri Andréani (septembre 1910), de deux films d’Henri Andréani, Absalon (février 1912) et La Fille de Jephté (mars 1913) et de La Reine de Saba, d'un réalisateur inconnu (janvier 1913)

 
 

Mais il restait encore à trouver l'origine des trois fameux plans de bataille qui n’avaient rien à voir avec le reste du film. Il se trouve qu’à l’occasion de recherches dans le Bulletin Hebdomadaire Pathé Frères sur le Germinal d’Albert Capellani,1913, est apparue la fiche promotionnelle du film Le Siège de Calais d’Andréani et Eugène Creissel dont les photogrammes rappelaient étonnamment les séquences à identifier.

 
 
Bulletin Hebdomadaire Pathé Frères Bulletin Hebdomadaire Pathé Frères
Bulletin Hebdomadaire Pathé Frères, 1913, Collection Fondation Jérôme Seydoux-Pathé
 
 

Mais pourquoi ces rajouts ? L’hypothèse la plus vraisemblable aujourd’hui est qu’il était important pour Pathé d'être présent sur le marché extérieur et donc d'avoir des produits « frais » à exporter. De plus, juste avant la guerre, le métrage des films s’allonge et la Cines en Italie édite en 1913 un long métrage, Marcantonio e Cleopatra de Enrico Guazzoni, face auquel l'œuvre de Zecca et Andréani ne supporte plus la comparaison à tout point de vue : métrage, mouvements, décors etc. Pour rivaliser avec la production italienne, il fallait donc que Pathé livre une nouvelle Cléopâtre qui prenne en compte les nouveaux modes d'écriture cinématographique. Mais la firme au coq est en perte de vitesse à ce moment-là et n’a plus les moyens d’une super production, donc on peut supposer qu'elle composa une version augmentée du film de 1910, non en commandant de nouvelles scènes à l'un de ses réalisateurs maison ce qui aurait eu un coût trop important, mais plutôt en piochant dans les œuvres de son catalogue des « scènes d’action» de façon à satisfaire le goût nouveau du public pour des métrages plus longs et surtout plus de mouvements, quitte à ce que la cohérence du récit se perde un peu. On peut aussi imaginer que proposer une telle alternative au public français et à la critique naissante qui connaissait la première version risquait de provoquer quelques commentaires désobligeants. D’où peut-être cette tentative de tester sur un marché étranger. Hypothèse qui peut être confirmée par l’absence totale de mention de cette nouvelle version dans la presse corporative en 1914, année de cette « variante » d’après la datation pellicule de la copie mexicaine.

Mais il s’est révélé également extrêmement intéressant d’avoir pu identifier ces fameux trois plans issus du Siège de Calais car ils avaient été extraits, au moment de la fabrication de cette copie, du négatif de cette œuvre pour intégrer cette version longue de Cléopâtre. Grâce à cette découverte, ils pourront être réintroduits dans la restauration du film d’Henri Andréani et Eugène Creissel.

En savoir plus sur Cléopâtre : > Parcours découverte Une nouvelle aventure pour Cléopâtre

 
 
 
 

Quelques cas d'identification de films grâce à la presse :