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  Editorial - juillet 2011  
   

Les Archives françaises du film du CNC ont entrepris ces dernières semaines, en collaboration avec la Cinémathèque française et les Cinémathèques de Toulouse et de Grenoble, une refonte de leur système d'information. Ce projet au long cours offrira à terme aux équipes des outils de gestion et documentaire performants, aux professionnels des accès privilégiés facilitant leurs relations avec les institutions patrimoniales et permettra aux internautes de découvrir un catalogue national des ressources cinématographiques patrimoniales. L'atelier européen dont il est ici fait écho a précisé l'architecture documentaire dont devra se doter cette nouvelle structuration des informations recueillies sur le film et le non-film, ainsi que tous les documents s'y rapportant.
Ce chantier exaltant n'occulte pas pour autant le travail quotidien autour des collections : identifier (un mystérieux Revenant au baiser mortel venu d'Allemagne) et décrire (nouveau parcours découverte sur une version de Cléopâtre de Zecca et Andreani), restaurer et valoriser, tâche qui est aussi celle du médiateur culturel que nous découvrons aujourd'hui.

Béatrice de Pastre - Directrice des collections des Archives françaises du film - CNC

 
 

Atelier Normes européennes EN 15744 et EN 15907

 
Atelier Normes

Laurent Bismuth, Béatrice de Pastre et Detlev Blazer © CNC

 

Du 22 au 24 juin dernier s'est tenu dans les murs du CNC le quatrième et dernier des ateliers sur l'interopérabilité des bases de données de films (Workshops on the Interoperability of Film databases), organisés depuis octobre 2010 par le Comité européen de normalisation (CEN) pour expliquer et promouvoir les normes européennes EN 15744 et EN 15907, dont les vingt-sept pays de l'Union se sont récemment doté dans le but de disposer pour les oeuvres cinématographiques de métadonnées spécifiques, et dont le principe était inscrit dans la directive européenne de 2005 sur le patrimoine cinématographique. Outre les principaux responsables du Technical Committee et du DIN, l'institut allemand de normalisation qui assure le secrétariat du Comité Technique, plusieurs dizaines d'experts des techniques de documentation ou des systèmes d'information issus de nombreuses cinémathèques et archives de films d'Europe étaient venus participer à ces trois jours de débats. Nancy Goldman, responsable de la Commission de Documentation et de Catalogage de la FIAF, était également présente.

 
Atelier Normes

Atelier sur les normes européennes
© CNC

 

C'est dans ce cadre que les Archives françaises du film ont procédé à la présentation de la future plateforme publique de références sur le patrimoine cinématographique en France. Commun au CNC et à la Cinémathèque française, ce projet a pour ambition de mettre à la disposition des utilisateurs l'ensemble des informations recueillies et produites sur les collections respectives des institutions patrimoniales françaises participant au projet. Cette plateforme sera le prolongement logique des actuelles bases de données des Archives et de la Cinémathèque française, mais aussi des Cinémathèques de Toulouse, Grenoble, de Corse, de Monaco, Nancy (Conservatoire régional de l'image) et de l'Institut Jean Vigo de Perpignan. A terme, elle sera le véritable catalogue national du patrimoine cinématographique, dans toutes ses dimensions, "film" et "non-film".
Alors que la norme EN 15744 repose sur le principe de rendre la plus claire possible l'énonciation des données disponibles pour faciliter l'identification des films, la norme EN 15907 vise à améliorer leur interopérabilité au moyen d'une modélisation des métadonnées de catalogage qui en renforce l'harmonisation, l'exactitude et le contrôle. C'est donc très logiquement qu'elle constituera l'épine dorsale de l'architecture tant intellectuelle qu'informatique de la future plate-forme.

 
Mademoiselle Docteur

Mademoiselle Docteur
© Roissy Films, restauration CNC-AFF

 

Ce nouveau standard introduit en particulier le concept de "Variante", qui permet d'apporter une réponse concrète aux différentes questions posées depuis toujours aux institutions patrimoniales par l'existence dans leurs collections de versions différentes, voire alternatives, d'une même oeuvre cinématographique. Et, de fait, nombreux sont dans les collections des Archives françaises du film les exemples de ces "films pluriels", dont l'identification et le signalement demandent aujourd'hui à être rendus plus cohérents. Ainsi en est-il des oeuvres produites simultanément en plusieurs langues dans les années 1930, avant que ne s'impose la solution technique du doublage, à l'instar de Allo Berlin ? Ici Paris de Julien Duvivier ou des quatre déclinaisons du Je t'adore, mais pourquoi ? de Pière Colombier, dont les versions française et anglaise ont été projetées devant les experts européens. Sont également concernées les versions consécutives aux coupes exercées par la censure sur de nombreuses oeuvres pendant ou juste après la Seconde Guerre mondiale, et dont Mademoiselle Docteur de G.W Pabst est un exemple bien connu. Réalisé en France en 1936, il est interdit en 1940 et sort à nouveau en 1946 dans une version plus courte de 500 m et sous le titre de Salonique, nid d'espions. C'est cette version de l'oeuvre de Pabst que les Archives ont restaurée en 1992, à la suite d'un considérable travail de reconstitution. Mais au-delà de cette plus-value, ce concept de "variante" pourra tout autant s'appliquer au cas de Ceux de chez nous de Sacha Guitry, film réalisé en 1915 à la gloire de personnalités illustres de la culture française, de Rodin taillant le marbre à Camille Saint-Saëns immortalisé au piano, et dont l'ORTF a produit une version sonorisée en 1952, qu'au Gloria Mundi de Nico Papatakis, film de 1976 repris par son auteur en 2004 pour une seconde exploitation en France.

 
Atelier Normes

Ronny Loewy, Laurent Bismuth et Detlev Balzer© CNC

 

En postulant clairement que ces variantes doivent bénéficier d'une zone de description en propre dans les bases de données, la norme EN 15907 est en mesure d'offrir aux cinémathèques, archives de films, départements audiovisuels des bibliothèques et autres établissements culturels dotés de collections de films, l'outil qui les aidera à résoudre les ambiguïtés inhérentes au volume de données colossal que ces institutions patrimoniales génèrent et gèrent. Elle leur permettra de les transformer en de véritables bases de connaissances qu'exigent aujourd'hui par les technologies émergentes.

Webtv du CNC

 
 

Parcours découverte "Une nouvelle aventure pour Cléopâtre"

 
Parcours découverte

Parcours découverte Cléopâtre

 

En 2010, les programmateurs du festival de Bologne commandent aux Archives françaises du film du CNC la restauration de la copie mexicaine de Cléopâtre de Ferdinand Zecca et Henri Andréani (1910). Les spectateurs ont la surprise de découvrir une version "longue" de 500 m alors que l'original n'en fait que 355 m... Les spécialistes reconnaissent, dans cette nouvelle restauration, des plans issus d'autres films tels que Sémiramis de Camille de Morlhon, sorti en 1911, ou La Reine de Saba du seul Andréani, de 1913. La copie de retour à Bois d'Arcy, les documentalistes entament une enquête qui permettra de découvrir certaines pratiques de distribution de la société Pathé.
Le parcours découverte "Une nouvelle aventure pour Cléopâtre" dévoile les recherches et les pièces à conviction qui ont permis d'élaborer quelques hypothèses...

Accès au parcours découverte

 
 

"La vie d'un film à Bois d'Arcy"
14 - La médiation culturelle

 
Muriel Lecarpentier

Muriel Lecarpentier © CNC-AFF

 

Les films conservés et restaurés aux Archives françaises du film du CNC doivent, certes, rencontrer le grand public, mais aussi celui des chercheurs, qu'ils soient universitaires, programmateurs ou en quête d'images à réinvestir dans la création contemporaine. Les collections leur sont accessibles à Bois d'Arcy et, pour les films numérisés, à la BnF. Ils sont accompagnés dans leurs enquêtes et leurs visionnements par cinq médiateurs culturels.
Muriel Lecarpentier, chargée d'études documentaires au service Analyse et gestion documentaire des collections,  s'est investie dans cette mission qui implique une relation importante avec le public. "Cela me semblait logique" sourit-elle, "en tant que documentaliste, on enrichit quotidiennement ses propres connaissances des collections et il me semblait tout naturel de partager ce savoir avec les chercheurs intéressés par les films conservés. Et puis cela fait partie du service public et des missions des Archives ! "
La possibilité de consulter les films numérisés en salle P, en rez-de-jardin de la Bibliothèque François Mitterrand, est un atout considérable pour ceux qui y ont déjà leurs habitudes d'exploration des collections audiovisuelles de la BnF et de l'INA. "Ils accèdent ainsi à une pluralité de documents quel qu'ait pu être leur support d'origine". Dans un avenir très proche, d'autres antennes de visionnage des films numérisés pourraient s'ouvrir en région, élargissant ainsi l'accès au patrimoine cinématographique.

 
Ecran de consultation

Ecran de consultation © CNC-AFF

 

Pour bénéficier de la consultation des films, il est nécessaire de s'accréditer auprès du CNC, soit en remplissant un formulaire sur le site internet www.cnc-aff.fr, soit en entrant en contact avec les médiateurs culturels. Une fois le dossier accepté et, là, Muriel insiste : "il est impératif de bien décrire ses motivations afin d'optimiser le traitement du dossier et d'être dirigé vers les documents les plus appropriés", le médiateur effectue une vérification technique des documents consultés par les chercheurs et les assiste techniquement lors du visionnage sur table. Si le film est numérisé, le chercheur est accueilli à la BnF (ou sur les postes de consultation installés à Bois d'Arcy).
Chaque médiateur a des champs de compétences spécifiques et le chercheur trouve souvent en lui un interlocuteur avec lequel s'instaure dialogue fructueux et échange d'informations.  "C'est ainsi que, grâce à la demande d'une historienne, j'ai pu étoffer le corpus, déjà riche dans les collections, de la représentation de l'alpiniste au cinéma".
Quand on demande à Muriel quel est ce public de chercheurs, elle répond en riant : "Nos collections étant très variées, les recherches, elles aussi, sont très diverses ! Il arrive que l'on nous demande une consultation pour des raisons très anecdotiques comme ces familles à la recherche d'un grand-père qui aurait été figurant dans un film dont on ne se souvient pas forcément du titre... Il n'est pas dans nos missions de répondre à ce genre de demande. Il faut comprendre que nous sommes de plus en plus sollicités et que le public des chercheurs tend à se diversifier : nous n'avons pas simplement des étudiants ou des professionnels du cinéma mais aussi des historiens et des documentalistes en quête de témoignages audiovisuels pour illustrer leurs propos pour un livre, un colloque, préparer un film".

 
Muriel Lecarpentier

Muriel Lecarpentier © CNC-AFF

 

Le CNC n'étant que dépositaire de ces films, il faut, pour tout usage faisant suite à une consultation, mettre en relation les ayants droit et le chercheur.  Par ailleurs, les collections conservées à Bois d'Arcy sont parmi les plus importantes au monde, et nombre d'étrangers viennent les consulter. "On le sait peu mais nous avons des échanges réguliers avec des universitaires du monde entier qui sont bien informés sur les oeuvres conservées". Ainsi, une chercheuse anglaise nous a sollicités dernièrement pour visionner des films censurés à leur sortie, sur l'Algérie en particulier, et consulter dans le même temps les dossiers de la Commission de classification du CNC. Nous mettons effectivement à la disposition des chercheurs tous les dossiers, revues et livres dont est riche la bibliothèque des Archives ! ".
Les jeunes étudiants ont parfois des difficultés à trouver un sujet de recherche ou à le développer. Le rôle du médiateur ne se borne pas à mettre des films à leur disposition. Il peut également guider des étudiants vers des sujets de mémoire ou de doctorat qui n'ont pas été traités par le passé, en fonction de documents consultables aux archives et parfois méconnus du public.
"La collaboration entre nous et l'extérieur est donc un véritable échange que je trouve personnellement enrichissant. Et puis, si certains consultants ne passent que quelques heures chez nous, d'autres viennent régulièrement pendant deux ou trois ans : des contacts se nouent forcément ! ".
plus d'informations sur la consultation
collections des Archives françaises du film

 
 

Il Cinema Ritrovato Le festival de Bologne

 
Affiche du festival de Bologne 2011
Affiche du festival de Bologne 2011
 

Devant l'éclectisme de la programmation du festival de Bologne nous nous sommes construit un parcours faisant honneur aux femmes : des femmes libres et entreprenantes comme la cinéaste Alice Guy ou le personnage féministe avant l'heure de la jeune mariée désireuse de s'affranchir brossé par King Vidor en 1922, dans Emancipée . Quelques années plus tard, en URSS, Boris Barnet donne à voir plusieurs magnifiques portraits de jeunes femmes qui prennent leur destin en main dans la charmante comédie La Jeune Fille au carton à chapeaux et dans La Maison de la rue Trubnaia, qui montre si joliment la vie quotidienne à Moscou. Il y a encore cette “mère courage” et cette jeune combattante prêtes à sacrifier leur vie et leur bonheur pour sauver leur patrie dans deux films militants que le cinéaste tourna pendant la guerre : Une tête sans prix et Les Hommes de Novgorod. On citera aussi ce ménage à trois où les femmes se montrent bien plus fortes que l'homme aimé dans le mélo flamboyant de Veit Harlan, tourné en Agfacolor en 1944:Offrande au bien-aimé. Sans oublier Garance dans Les Enfants du Paradis, superbement restauré par Pathé, ou la grande Anna Magnani dans L'Honorable Angelina, comédie de Luigi Zampa de 1947. Enfin, comment ne pas évoquer la liberté de ces deux merveilleuses croqueuses de diamants que sont Marilyn et Jane dans Les Hommes préfèrent les blondes de Howard Hawks.
Mais il y a aussi les femmes soumises, sacrifiées, telle la Catherine de Germinal, porté à l'écran par Albert Capellani, redécouvert grâce à une admirable copie teintée, ou encore les “garces” et les “pestes” : Louise Brooks dans Une fille dans chaque port et Carole Lombard dans Twentieth Century, tous deux de H. Hawks. Sans compter ces femmes inconséquentes, inconscientes des réalités quotidiennes dans le film de Luigi Zampa, Années faciles, qui rend compte admirablement du climat politique de l'Italie d'après-guerre.

 
 

Film en quête d'identification

 
Le Revenant au baiser mortel

Le Revenant au baiser mortel
© DR, collection CNC-AFF

Cette rubrique propose régulièrement à la sagacité des internautes des fragments de films à identifier. Cette fois, l'énigme concerne un film, Le Revenant au baiser mortel, appartenant à la collection de la Cinémathèque de Toulouse, restauré et numérisé par les Archives françaises du film du CNC.
Ce long métrage de 74 minutes est une comédie où des amoureux contrariés utilisent une légende régionale pour que leur idylle trouve une issue heureuse. Un long flashback conte l'histoire du revenant grâce à des effets spéciaux d'apparition et de disparition très travaillés. Les noms et les lieux situent le film en Allemagne et les documentalistes ont daté la copie ayant servi à la restauration de 1923. Un premier carton désigne Fritz Kortner comme l'acteur principal du film. Cependant, aucune filmographie n'a permis de retrouver le titre original de cette oeuvre, d'en déterminer le réalisateur et la date exacte de production...

Film en quête d'identification

 
 

Films restaurés par les AFF-CNC projetés dans le cadre de la diffusion culturelle

 
Le Chrysanthème
Le Chrysanthème
© Marc Sandberg, collection CNC-AFF
 

En juillet et en août, rendez-vous au National Gallery of Art de Washington (Etats-Unis) pour une carte blanche laissée aux Archives françaises du film du CNC. Cette programmation s'ouvre avec un hommage à la série Scientia de films de vulgarisation scientifique produite par la société Eclair et réalisée entre 1910 et 1920. Elle se poursuit avec un panorama de films représentatifs du patrimoine cinématographique français. Durant ces mois d'été, les Archives s'associent aux Séances " Films d'autrefois " à Créances qui s'attachent, cette année, aux films ayant la Normandie comme toile de fond. Et, comme chaque année, une carte blanche est partagée avec la Cinémathèque de Toulouse aux Rencontres Cinéma de Gindou (Lot). A noter également, le 23 août, la projection du film issu des collections des archives françaises du film, Mexique en fête, de Jan Spata, dans le cadre de la programmation "Histoire de docs", consacrée cette année à la Tchécoslovaquie, premier partenariat de la Direction du Patrimoine avec le festival de Lussas.
En septembre, l'Institut Lumière programme Loin du Vietnam à l'occasion de la rétrospective William Klein. Au grand balcon sera proposé aux Journées du patrimoine à la Cinémathèque de Toulouse. A l'étranger, le Filmuseum de Münich projette Le Troubadour de Segundo de Chomon à la fin du mois.
Début octobre, l'Institut Lumière (Lyon) organise le Festival Lumière où seront projetés Niemandsland et L'Etrange Incident (rétrospective William Wellman). Le Festival Scientilivre, qui se tient à Labège en Haute-Garonne, proposera une programmation de films en complément du salon du livre scientifique et des ateliers scientifiques.

 


Programmation en cours sur le site des AFF

 
 

Crédits

 

Textes : Béatrice de Pastre, Dominique Moustacchi, Laurent Bismuth & Magali Gourret
Iconographie et photos : Magali Gourret
Remerciements à Muriel Lecarpentier
Relecture et corrections : Catherine Decayeux
Coordination technique et mise en ligne : Driss Tsila

 

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